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Durus et ses associations au uir chez Gallus et les élégiaques – Jacqueline Fabre-Serris (Lille 3)

Au sens de « endurant », durus est un adjectif habituellement associé aux hommes et à leurs activités guerrières, ce que corrobore l’étymologie qui glose militia par duritia (miles autem appellatur ue1 a militia, id est duritia, quam pro nobis sustinent, aut a multitudine aut a malo quod arcere milites solent, aut a numero mille hominum (Digest 29.1 .l, Ulpien 45 ad Edictum) ou militem Aelius a mollitia κατ’ ἀντίφρασιν dictum putat eo quod nihil molle sed potius asperum quid gerat. Sic ludum dicimus in quo minime luditur (Paulus Festus 109, Lindsay = 122, Müller). Voir Cairns (bibliographie dans mon article). La militia suppose la capacité d’affronter les ennemis mais aussi de supporter toutes sortes de contraintes qui relèvent de l’endurance et de l’obéissance.

Les rapports de sexe mis en scène dans l’élégie ont conduit à deux modifications.

1. L’amant est décrit comme devant être à la fois durus et … mollis

Face à sa dura puella ou à la dure porte fermée qui symbolise la duritia du genre de vie élégiaque (Voir la fiche dura puella), il doit se montrer « endurant » en supportant toutes les épreuves imposées par sa maîtresse. Dans les Amores de Gallus, le modèle de l’amant, Milanion se rendait semblable à la dura Atalante, « endurante » et « hardie », pour la conquérir. Le durum seruitium amoris était présenté comme le mode de vie préféré (quoique non préférable) par l’amant à la militia victorieuse de César (cf le papyrus de Qasr Ibrîm)

Mais l’amant doit aussi être mollis : user d’une rhétorique douce et caressante, pour triompher de la résistance de sa maîtresse et se faire ouvrir sa porte (ex : Lygdamus, 3, 4, 73-77 : uincuntur molli pectora dura prece).

2. Chez Properce (ex : 1, 6, 30 : hanc me militiam fata subire uolunt) et chez Ovide (Amours, 1, 9) la métaphore du seruitium amoris est remplacée par celle de la militia amoris, présentée comme plus dure (Properce) ou aussi dure (Ovide) que la véritable militia. Cette nouvelle métaphore permet aux deux élégiaques de conserver le motif de l’endurance dont doit faire preuve le uir, tout en lui adjoignant celui de la victoire. On peut y voir une réaffirmation des qualités viriles d’une façon provocatrice puisque le champ d’exercice de cette militia est l’amour, domaine de la mollitia ; mais aussi en conclure que, dans les nouveaux rapports de sexe construits dans l’élégie, les usages de durus et de mollis font que des qualités marquées comme traditionnellement masculine (duritia) ou féminine (mollitia) se trouvent développées alternativement ou successivement par le uir et la puella, et donc in fine partagées.

Voir J. Fabre-Serris, « Genre et Gender : usages et enjeux de l’emploi de durus chez les élégiaques », Eugesta 3. (> article pdf)


Pour citer cette fiche / To cite this entry
Référence électronique / Electronic reference
Durus et ses associations au uir chez Gallus et les élégiaques – Jacqueline Fabre-Serris (Lille 3), EuGeStA Lexicon, 15 May 2014
http://eugesta.recherche.univ-lille3.fr/spip.php ?article98